Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /Déc /2009 19:11

 Tapi dans l’ombre de mon inconscient et de mon conscient si peu présent, je vis ce que l’on peut appeler la médiocrité la plus médiocre… La banalité la plus banale…

Mais comment peut-on mesurer cette médiocrité et cette banalité ? Je vis avec, je m’y complais et je ne sais rien d’autre.

Je peux passer à côté de ceux qui vivent ce que je ne vis pas moi-même et je ne peux ni les comprendre ni me voir vivre moi-même ce qu’ils vivent. Je ne me sens pas concerné, tout simplement. Et comment pourrais-je l’être ?

Le quotidien – cette saleté – m’a eu. Il me colle à la peau. Chaque jour ressemble au précédent. Je sais que chaque jour ressemblera au lendemain. Chaque jour est d’un gris… moyen. Très moyen… Je ne suis capable que de vivre dans un gris très moyen. C’est chouette à vivre, ça. D’autant plus chouette à vivre que je sais très bien que je suis dans une bonne moyenne de vie. Tant d’autres vivent cette moyenne autour de moi. Rassurant, non ? Pas totalement. Tout ce gris me rassure d’un côté, me gêne de l’autre. Mais le gris me paralyse. Aucun rayon de soleil ne perce sa masse. Peut-être même que s’il y avait un éclat de soleil, je ne le verrais même pas tant ma vie est assombrie par l’habitude du gris.

Que dire d’autre sur une mécanique si connue ? Rien.

Mais il faut parler de l’orage, de la tempête. Trop de gris s’accumule. Trop de grisaille concentrée se bouscule et ne peut s’amonceler plus encore. Le vent se lève et je lutte de tout mon peu de réalité contre sa force. Le tonnerre sourde et je veux me boucher les oreilles. Les éclairs éclatent et je ferme les yeux. La pluie s’abat et je n’ai rien pour m’abriter. Je tremble de froid et de peur. Tout est déchaîné autour de moi. Ce n’est plus gris mais noir, puis éblouissant, puis noir à nouveau, puis assourdissant… puis noir à nouveau. Jamais le même noir. Mais je sens que ce chaos veut m’envahir. Vais-je me laisser envahir ou vais-je me replier comme un fœtus et attendre que tout passe pour retrouver mon gris préféré ? Je ne peux plus… Il est trop tard, je me suis déjà laissé envahir. Que vais-je devenir maintenant ?

Tous ces noirs se bousculent en moi. Tous ces éclatements de lueurs fulgurantes bousculent les noirs. Et bien sur, tous éclaboussements de tonnerre bousculent les noirs et les lueurs fulgurantes. Je suis un pantin très malmené par le tireur de ficelles. Surtout que celui-là, il ne se contente pas de me tirailler les membres dans tous les sens, non. Il va jusqu’à m’arracher la bourre dont je suis rempli, jusqu’à rompre les nœuds qui me retiennent à ces maudites ficelles, jusqu’à détruire la fragile enveloppe que je suis et qui a été fabriquée avec tant de patience. Quel désordre ! Et pour un spectacle de marionnettes qui ne vaut pas tripette.

Mais je ne savais pas que dans la bourre du pantin, il y avait quelque chose de caché. Vraiment bien caché ! Qui a caché une telle chose dans un pantin aussi quelconque ? Ah oui… Je ne vous ai pas dit ce que c’était… Un autre pantin, tout simplement. Mais ce pantin-là, il a une clé. Et quand la clé est remontée à fond, ah ! Alors là ! Mais il se meut tout seul, ce pantin-là ! Et il parle… et il pense… intelligemment en plus ! Quand la clé est remontée… Et puis il me plaît bien ce pantin-là. Il a tout pour me plaire mais en plus… c’est moi ce pantin ! Et bien oui, évidemment que c’est moi. Le pantin caché dans le pantin qui est moi, c’est bien moi, non ? Vous n’aviez pas pensé à cela ? Et bien moi j’y pense car je suis ce pantin pensant, voilà…

Et maintenant vous me demanderez à quoi sert de penser, d’avoir une clé dans le dos, de me mouvoir sans ficelles… et tout ça, à cause d’un orage ? Euh… Je crois bien qu’il me faudrait un tour de clé. Tiens, même dans le dos je l’atteins ! Je pensais avoir besoin de mon tireur de ficelles pour tourner ma clé mais je suis même capable de ça tout seul. Et puis il est où celui-là ? Il m’a toujours montré en spectacle quand il n’y avait personne pour m’admirer et dans des mises en scène bien navrantes… Et puis il n’était jamais là quand je croyais avoir besoin de lui et ne me mettait en scène que dans mes moments de faiblesse. Il a du tomber dans les coulisses… bon débarras.

Ah oui, je vous ai mis en scène dans une question qui est en réalité ma question pour ne pas avoir à répondre à ma propre question. Mais oubliez votre question pour que je puisse répondre à la mienne, je préfère en fait.

Je peux moi-même me mettre en scène dans une scène qui est la mienne car je peux à la fois écrire le scénario, faire les décors, accueillir les visiteurs, vendre les billets, ouvrir le rideau, jouer, fermer le rideau et recueillir les commentaires des spectateurs. Tout ça !

Et le gris… moyen est banni de mes décors. Toute couleur est permise du moment qu’elle sonne juste. Même le gris. Il est des gris qui n’ont rien de gris. Pleins de couleurs, de sensibilité, de nuances et de dimensions.

Aucun décor ne sera jamais plus semblable au précédent, aucune scène ne sera jamais plus jouée comme la précédente, aucun spectateur ne sera jamais plus semblable à son voisin. Aucun texte ne sera plus jamais récité dans la routine. Aucun regard ne me sera plus jamais porté comme sur la marionnette que j’étais, aux ficelles tiraillées dans le gris d’un décor fade et sans importance. Je suis toujours un pantin mais je n’ai plus rien d’un pantin.

Tout pantin a droit à son orage dans sa vie de pantin. Il peut même en avoir plusieurs. Les éléments se déchaînent sans ficelles, eux… Mais il sera toujours des pantins qui traverseront des orages – leurs orages – et s’en sortiront indemnes. Je les plains.

Il est d’autres pantins qui croiront tout perdre dans l’orage et ne perdront que leurs ficelles, leur tireur de ficelles, leur bourre et leur apparente réalité. Ils pourront gagner une clé – ou même plusieurs – une réelle réalité de pantin et une réelle réalité de spectacle de marionnettes.

Alors pourquoi hésiter ? Oh je sais… Chaque pantin est différent comme chaque orage est différent. Ce tout, un pantin plus un orage ne provoque pas forcément la fin et le renouveau d’un pantin. Je suis donc un pantin différent qui a traversé un orage différent et je renais pantin différent en étant bien plus différent dans ma différence que je ne l’étais dans ma différence d’avant. Tout est tellement différent que je sens bien que ma différence ne peut que servir la vôtre. Venez donc à mon spectacle :

AU P’TIT LOUP’ chapiteau subventionné

Spectacle de pantin sans ficelles

 

Tous les jours à tout moment de la journée, spectacle en continu -

Prix des places : paiement obligatoire mais prix calculé à la juste tête du client

 

Mise en scène, décor, costume et création : toujours le même, le pantin sans ficelles

Par Marc Drissi - Publié dans : Les nouvelles
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Jeudi 25 septembre 2008 4 25 /09 /Sep /2008 17:03

Elle en a marre… mais marre ! Depuis combien de temps cela dure t’il ?

Depuis toujours… Aussi loin qu’elle puisse se souvenir…

Son Mari. Parlons-en de son mari… Il n’y a rien à en dire…

A quel moment lui a t’il dit qu’il… Comment s’y est-il pris déjà ..? Il désirait fonder un foyer… elle serait l’épouse parfaite…

Elle s’était fait avoir. Elle voulait échapper à son père… Le premier qui s’intéressait à elle, elle l’avait pris trop heureuse de fuir.

Belle fuite que voilà. Elle se retrouve maintenant à deux maisons plus loin que celle de son père... Un mari, deux mômes, un père, des voisins cons et un chien et des tortues et des canaries et un chat et… une vie de merde…

Et une maison de merde et elle en a marre et elle en a marre d’avoir marre…

Son mari, celui-là ! Lever à 7h30 à la troisième sonnerie du réveil. Direction la salle de bain pour 5 bonnes minutes. C’est maintenant à elle de se lever pour aller lui préparer son bol de café et trois tartines grillées avec de la confiture de fraise ou de mûre. Il ne dira pas un mot pendant son petit déjeuner. Mais de toute façon, elle n’attend jamais rien de ce qu’il peut lui dire. Qu’il se taise est tout aussi bien. Un bon quart d’heure plus tard, il sort le chien pendant 15 minutes puis il s’affale dans le canapé et attend tranquillement 8h15. Il part alors avec sa bagnole de merde pour son boulot de merde. Il part avec des miettes de pain grillé décorant élégamment son tee-shirt et parfois avec une tache de confiture de fraise sur la braguette ou ailleurs. Et tout ce cirque pour lui rapporter un SMIC de merde à la fin du mois qui lui permettra juste de vivoter un mois de plus.

Retour à 12h30 pour trois quarts d’heure. Il faut avoir fait le repas pour l’arrivée de Monsieur. Le minimum. Inutile de s’échiner derrière les fourneaux pour un mec qui ne rapporte que 5 000 et quelque francs par mois. Repas sans histoire. Monsieur râle parfois pour la forme. Il trouve que les patates sont trop cuites, que les pâtes sont pâteuses... normal. Son patron lui a fait faire un travail merdique le matin… normal.

Il a rencontré monsieur x, y ou Duchmol sur le chemin du retour… normal. Il a mal au dos, aux reins, au cou, au pied ou où il veut… normal. Elle acquiesce, elle sourit bêtement, elle s’intéresse vaguement par habitude… normal…

13h15, départ toujours dans la même bagnole de merde avec quelques taches de sauce tomate en plus de celles de fraise du matin.

Quand il reviendra à 17h, il la trouvera sur son banc de pierre dans la rue, s’assiéra à côté d’elle sans rien dire de nouveau, attendra son repas du soir, sortira le chien, se couchera à 22h et puis de toute façon elle en a marre.

Elle en a marre des mômes. Elle qui rêvait d’avoir des mômes intelligents, un garçon et une fille, beaux, premiers de la classe, affectueux et l’aidant à assumer sa vie ! Rien de tout cela à part que ce sont bien un garçon et une fille. Le garçon plutôt efféminé et la fille une dure à cuire. Tous deux, bons derniers de la classe, toujours dans la rue, n’assumant rien et surtout pas eux-mêmes, criards, piaillards, à tout critiquer et à la pomper.

Le chien ! Elle a voulu un chien mais c’est son mari qui lui a ramené celui-là. Il a du le choisir spécialement pour sa connerie, c’est pas possible autrement. Toujours à gueuler, à tirer comme un bœuf sur sa laisse, à perdre ses poils partout et à faire des yeux de hareng frit.

Et les tortues, les canaris, le père… celui-là ! Toujours sur son dos… sur leurs dos. Il faut aller manger ses saletés de merguez le vendredi soir, le recevoir le mardi soir avec des andouillettes frites et supporter son voisinage 24h sur 24.

Et quand il sort dans la rue en caleçon ! Quelle honte ! Il est trop gros pour sortir dans la rue en caleçon. Son ventre déborde, il a des seins, il a une peau trop blanche et trop flasque. Il est ridiculement ridicule. Ca se dit ?

Oh ! Et sa Juliette elle a des moustaches… et de la barbe. Qu’est-ce qu’il a bien pu lui trouver pour se mettre avec elle deux ans seulement après le décès de sa femme… de sa mère à elle ! Cette Juliette, elle ne cuisine pas bien, elle ressemble à un cheval et elle a la conversation d’une sardine en boîte. Elle ne fait même pas tapisserie. A moins qu’elle ne soit le fruit raté d’une très mauvaise ébauche d’un très mauvais copiste d’un très mauvais Lurçat !

Au lit, elle ne doit pas valoir tripette à part défoncer le matelas avec ses 90 kilos.

Parlons-en du lit. Le sien à elle n’est pas défoncé, lui. Il n’y a vraiment pas de quoi. Quand Alain a un besoin rarissime à assouvir, elle a à peine le temps de s’en apercevoir que c’est déjà fini.

Elle vous entend très bien : vous vous dites que ça lui évite à elle d’avoir les mêmes traces de fraise et de sauce tomate que son cher et tendre sur sa nuisette ! Et c’est vrai. Mais vous ne pensez pas à sa féminité qui ne demande qu’à exploser bien inutilement puisqu’il n’y a personne pour en profiter.

Les voisins ! Et bien, il n’y a rien à en dire et rien à en faire. Ce sont des voisins comme il y en a partout, sans prétentions pour elle, sans histoires pour elle, et trop vieux. Des retraités, des pensionnés, des handicapés, des anciens combattants et des centenaires du siècle dernier.

Et elle n’a pas de voiture et d’ailleurs pas de permis.

Elle est coincée dans son trou et elle rêve. Elle rêve à quoi ? C’est assez indiscret, mais vous seriez surpris de constater à quel point ses rêves enrichissent et comblent la maigre réalité de sa vie.

 

Elle rêve souvent de cocotiers. Allez savoir pourquoi… Elle s’est d’ailleurs acheté un beau poster à 30 Frs au bureau de tabac et elle l’a accroché avec des punaises rouges au-dessus du canapé. On peut y voir une mer du bleu profond qu’on obtient avec ces filtres spéciaux pour obtenir le bleu le moins naturel possible. Mais quel beau bleu ! Et le sable, de l’or étincellent  au soleil couchant ! On doit d’ailleurs hésiter à souiller sa surface en s’aventurant sur une plage pareille. Il est aisé de s’imaginer qu’aucun être humain n’a pu s’y prélasser avant vous. Et bien sûr, il y a des palmiers sur ce beau poster. On n’y voit aucune noix de coco mais c’est sûr qu’il y en a…

Alors cet idyllique espace riche en couleurs de laboratoire est un merveilleux support de rêves… Il favorise l’imagination la plus débridée et tout lecteur ayant réussi à arriver à ce paragraphe doit déjà être en train de s’y voir. Tout comme Evelyne qui s’y voit le plus souvent possible.

Elle rêve et rêve à cette plage sans trop savoir comment elle pourrait bien y débarquer. Vaudrait-il mieux prendre l’avion, le train, une bicyclette ? Ou faire de l’auto-stop ? Elle ne sait pas non plus quelle destination exacte il faudrait suivre ou quels bagages il faudrait prendre avec soi. Tout cela n’a que peu d’importance, d’ailleurs. L’essentiel est d’y être, c’est tout. Sans mari, sans mômes, sans voisins et bien sûr, sans père…

Seule… Totalement seule ? Et bien, pas forcément… mais c’est si intime… Parce que, oh il faut un peu le deviner, mais voyez-vous derrière ce palmier… le deuxième en partant de la gauche ? Ne serait-ce pas un petit bout de pagne… d’un bel indigène… forcément bien membré ..?

Elle rougirait presque d’avoir découvert par hasard cette présence sur le beau poster alors que celui-ci semblait pourtant exempt de toute vie quand elle l’a accroché au-dessus du canapé.

Mais il n’y a plus aucun doute depuis longtemps. Evelyne est dotée d’un sens aigu de l’observation et aucun détail de ce poster ne pouvait lui échapper. Quant aux détails intimes concernant les indigènes, il parait que tous les indigènes sont bien membrés là-bas, c’est tout.

Soyons clairs, Evelyne n’est pas un canon photogénique au sens où personne ne lui a jamais proposé de faire la couverture d’un magasine. Mais elle habite dans une sorte d’impasse en bordure de la nationale et personne n’a pu la remarquer à cet endroit. Même en passant beaucoup de temps sur son bac en pierre, comme celui-ci est légèrement en contrebas de la nationale, les voitures dans lesquelles il pourrait y avoir quelqu’un d’intéressant ou d’intéressé passent trop vite et on risque de ne pas la voir.

Ah ! Et aussi les quelques photos d’elle qui traînent ça et là ne sont pas un bon exemple car effectivement, elle n’est à son avantage sur aucune. Mais c’est tout à fait normal, ce n’est pas elle qui a pris ces photos. Si elle avait pu elle-même appuyer sur le déclencheur, les photos n’auraient jamais été comme ça.

Pourquoi cet aparté me direz-vous ? Auriez-vous déjà un sourire narquois ? Vous auriez tort car c’est uniquement pour vous expliquer qu’Evelyne ne peut pas accrocher une de ses photos sur le poster, le plus près possible du bel indigène, et croire au résultat qu’elle obtient.

Seul, le rêve peut donner une apparence à Evelyne qui cadre mieux avec la réalité du poster. Une belle vahiné sobrement vêtue de couleurs locales ou plutôt savamment dévêtue dans une exquise semi nudité artistique. Et bien si elle avait ce qu’il faut dans ses penderies et un vrai photographe qui ait su saisir d’elle ce qu’elle avait de mieux, tout cela aurait été très crédible…

Mais le rêve peut tout faire…

Et elle est  très souvent et le plus facilement du monde la superbe créature des îles convenant parfaitement au bel indigène bien membré qui n’attend quelle, de toute façon.

Elle est même parfois pliée de rire quand son mari est affalé sur le canapé et ne fait même pas attention à elle, alors que le bel indigène qui se trouve juste au-dessus n’arrive pas à cacher le désir qu’il a d’elle au travers de la forme sans équivoque de son pagne. Et quels ébats ne vivent-ils pas tous les deux !.. Ce que d’autres appelleraient une pornographie des plus débridées ? Une luxure des plus exaltées ? Et bien vous n’y êtes pas du tout. Un merveilleux romantisme teinté d’un soupçon d’érotisme du meilleur goût. Une sensualité tout à fait exquise qu’on peut d’ailleurs retrouver dans quelques perles de la collection Arlequin. Une touche de sexe... oui, mais une touche seulement, fondue et estompée comme derrière un Hammilton. Aucune luxure, oh non ! Enfin… si peu. Si luxure il y a, ce n’est même plus en fondu ou demi-teinte, plutôt en pastel aérien et translucide. Le tout vous l’aurez compris, dosé avec maîtrise, habileté et un goût très sûr.

En fait, ce rêve est très beau, accessible à toutes et vous êtes peut-être à mi-chemin entre votre triste solitude et la plage où vous pourriez retrouver le bel indigène. Mais Evelyne veille…

De plus, vous allez voir que tout n’est pas si rose que ça.

Quand Evelyne occupe la plage et en général à un moment particulièrement palpitant avec le bel indigène, il y a toujours quelque chose qui vient perturber ce bel arrangement. Ce peut être n’importe quoi, le facteur qui sonne, le chien qui aboie pour rien, les pâtes qui débordent de la casserole ou les mômes qui se chamaillent. Le mari perturbe rarement les rêves d’Evelyne car il est sans surprise et sans dérangement.

Erreur ! La nuit ! Ses ronflements ! Impossible de folâtrer à demi nue sur la plage en débordant d’une sensualité savamment dosée quand les ronflements d’Alain se répercutent aux quatre coins de la chambre.

Impossible de rêver tranquillement. On ne peut que rêver qu’on rêve tranquillement ! Que la vie est donc compliquée… et qu’il est donc difficile d’engager quelque chose de durable avec le bel indigène si bien membré ! A chaque fois qu’Evelyne est sur le point d’être totalement séduite et risque de perdre une vertu si bien défendue, les pâtes débordent…

 

Mais est arrivé un nouveau voisin. Depuis peu. Un jeune celui-là. Enfin jeune… tout est relatif, mais il ressemble étrangement au bel indigène caché derrière le deuxième palmier du poster. Et ce voisin est bien réel !

Tout le monde en a parlé dans l’impasse. Il y a si peu de place pour des nouveaux voisins ici ! Evelyne a eu la chance de l’apercevoir une fois alors qu’elle promenait son idiot de chien… Une véritable chance car tout le monde n’a pas encore pu le voir en chair et en os.

Le rêve et le poster deviennent vite insipides. Evelyne se sent des ailes pour foncer dans cette nouvelle réalité pleine d’attraits. Le voisin a des amis… beaucoup d’amis… et l’impasse change déjà de visage, plus vivante et moins grise.

Maintenant, quand Evelyne passe devant la maison de son voisin, elle y sent ce bouillonnement de vie et de bien-être. Il y a là quelque chose d’intriguant et d’enviable en même temps. Evelyne est attirée vers cette maison comme la limaille par un aimant. On dirait que la maison de son voisin est un îlot verdoyant et serein au milieu des vagues houleuses et grises du quotidien.

Tout a été si facile ! Un arrêt furtif un jour devant la  maison alors que le voisin se trouvait être justement dehors… un sourire timidement esquissé mais si ravageur et criant… et le sourire rayonnant du voisin…

Evelyne passe maintenant de plus en plus de temps avec son voisin, délaissant les patates trop cuites et les pâtes trop pâteuses. Tout devient carrément immangeable pour le pauvre Alain qui ne trouve plus de mots pour qualifier ce qui lui arrive.

Evelyne ne voit plus les heures. Les 12h30, 13h15 et 17h… et même les 22h du coucher ne veulent plus rien dire alors que chez le voisin, personne ne s’occupe des heures qui passent.

Le nouveau monde offert par le voisin ressemble  en bien des points à celui du poster d’antan. Un monde inaccessible qui n’a rien à voir avec Evelyne… rien de ce qui s’y passe n’a quelque chose à voir avec Evelyne. Elle en force pourtant les portes à toute heure du jour et de la nuit, et le voisin la laisse faire car il ne la voit même pas.

Evelyne est heureuse, ce nouveau monde n’est qu’à deux maisons de la sienne…

 

Toute l’impasse parle maintenant de la nouvelle Evelyne car une nouvelle Evelyne est réellement apparue comme un papillon émergeant de sa chrysalide. Seul Alain n’en parle pas car s’il parle à quelqu’un c’est avant tout à lui-même et personne n’en a connaissance.

L’impasse a commencé à parler d’Evelyne le jour où madame P. a remarqué qu’Evelyne promenait son chien à 10h30. D’habitude, madame P. n’y prêtait aucune attention, elle voyait simplement le chien d’Evelyne passer vers 10h30 devant sa fenêtre…

Mais ce jour-là, un papillon était né…

La première chose qui frappa Madame P. fut la largeur de la minijupe qu’elle vit passer devant sa fenêtre plutôt que sa hauteur. Les autres détails accompagnant la minijupe l’interpellèrent tout autant dans la seconde qui suivit. Le chemisier immaculé en dentelles très ajourées, une coiffure et une couleur qu’elle n’avait encore jamais vues auparavant, des talons d’une hauteur étonnante et des bas… en résille noire !

Madame P. était une femme pratique, intelligente et d’une gentillesse profonde. Elle avait d’ailleurs immédiatement sympathisé avec le nouveau voisin qui l’avait très vite appréciée pour ce qu’elle était vraiment…

Madame P. se dit simplement qu’une telle hauteur de talon n’avait rien de pratique pour promener un chien qui avait l’habitude de se croire attelé à un char de vitesse et ne connaissait que le grand galop. Madame P. pensa qu’Evelyne pourrait attraper froid en arborant ses dentelles alors qu’un gilet de grosse laine eut mieux fait l’affaire. Madame P. se demanda si des bas en résille n’allaient pas s’accrocher à tout bout de champ et madame P. se dit que la coiffure d’Evelyne allait demander un entretien constant pour se maintenir en l’état.

Enfin madame P. en conclut que la généreuse féminité d’Evelyne n’était pas forcément à son avantage mais elle en vint presque à rougir d’une pensée si peu charitable. Elle sut immédiatement quel allait être le sujet de conversation de l’impasse dans les jours suivants. En effet, elle entendait les portes et les fenêtres de l’impasse s’ouvrirent en cœur sur le passage de la tornade de dentelles, d’aboiements, de talons difficiles à gérer et de mèches de cheveux s’envolant au vent…

Madame P. rabattit son rideau et se tourna vers son mari assit dans son fauteuil. Il la regardait d’un air interrogateur.

- Pauvre Alain !.. » Fit-elle simplement…

Monsieur P. se remit à ses mots croisés en opinant de la tête.

 

Evelyne rayonnait littéralement du changement qui l’habitait. Elle n’entendait rien des fenêtres et des portes s’ouvrant d’étonnement au passage de son nouvel éclat.  Elle se sentait simplement parée des atouts de la vahiné qu’elle avait toujours été. Sûre de sa séduction enfin libérée, elle savait que le voisin ne pourrait qu’y succomber : Elle avait tant testé ses charmes sur le pagne du bel indigène du poster…

Mais le beau voisin lui, ne se sentait pas du tout dans la peau d’un bel indigène. D’ailleurs l’histoire ne mentionne rien sur le fait qu’il ait été éventuellement bien membré ou pas…

 

C’est madame P. qu’il faut consulter pour avoir la version la plus objective de la fin de cette histoire.

Elle vous dira qu’un jour, Evelyne dépassa les bornes, sans doute après avoir fait un pas de plus dans ses phantasmes délirants.  Evelyne fit des propositions au voisin, allant même jusqu’à s’asseoir inopinément sur ses genoux et voulant l’embrasser de force.

Le voisin resta béat d’étonnement dans un premier temps, se reprit en la repoussant et fit un long discours à Evelyne.

Il lui parla d’Alain (horreur !). Il lui parla de ses mômes (horreur !). Il lui parla des voisins (horreur !). Il lui parla de sa vie à elle (horreur, horreur et encore horreur !). Le voisin ne fit que renvoyer Evelyne à elle-même. A son poster d’antan qui avait perdu toute couleur entre temps.

La vie est dure – Peu de rêves peuvent être vécus jusqu’au bout en tant que rêves.

Madame P. vous dira que la vie d’Evelyne reprit son cours exactement comme avant. Les horaires, les patates et les pâtes, le chien plus idiot qu’avant encore et Alain encore plus silencieux.

Par Marc Drissi - Publié dans : Les nouvelles
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Mercredi 24 octobre 2007 3 24 /10 /Oct /2007 17:17

Le noir n’est plus aussi noir. Une infime parcelle de conscience apparaît. Si ténue qu’il serait bien inutile de s’y attarder outre mesure. Aucun regard extérieur ne peut se douter du moindre changement mais une étincelle a surgi du néant. Pourquoi ? Et pourquoi à ce moment précis ? Certainement une légère modification du milieu environnant la chose en est t’elle la cause. La chose ? Et bien oui. Comment l’appeler autrement ? Ce n’est pas encore un être si tant est que cela le devienne un jour. Ce peut être une cellule ou quelques cellules animées d’une certaine volonté de vie bien obscure. Ce peut être un embryon aussi, pourquoi pas… Je préfère utiliser le mot chose pour le moment. Ainsi, si la vie s’en empare de manière à lui donner une conscience pleine et entière, je me laisse le loisir de renforcer cet état en lui reconnaissant seulement à ce moment-là le nom d’être et non plus de chose.

C’est vrai que le noir n’est plus aussi noir. Je le vois, je le sens. Avant, c’était un noir glacial qui ôtait toute envie de vivre ou de survivre. C’était un noir qui faisait penser à la mort dans ce qu’elle a de plus odieux. Quand la chaleur de la vie fait peu à peu place au froid de la condamnation au néant : cette punition infligée de tout temps pour avoir eu le droit de vivre pendant trop longtemps et que tant d’hommes redoutent quand ils ont mal vécu.

C’est vrai que le noir n’est plus aussi glacial. Je ne le ressens plus incrusté en moi comme une maladie incurable. L’ombre de la guérison prend forme mais reste encore bien floue et lointaine. Un semblant de chaleur s’empare de mon être et je sais que je vais bientôt renaître après avoir perdu une fois de plus mon identité.

Mais en fait, cette chose tapie sous moi me ressemble. Ou je ressemble à la chose. Elle doit attendre son heure pour vivre, comme moi j’attends la mienne pour revivre. A chaque fois que je revis, c’est comme si je découvrais tout pour la première fois. Je me sens un esprit neuf et pur, un corps jeune et vierge.

Une caresse glisse sur moi et sur la chose. Le réveil est proche, je le sais. J’ai revécu tant de fois que le moindre signe m’est déjà connu alors qu’il tente de me surprendre. Je devine la tendresse des douceurs suivantes. Mon sang se réchauffe progressivement et je vais bientôt pouvoir sentir mon nouveau corps, ma nouvelle enveloppe charnelle.

La chose sous moi enregistre les mêmes sensations que moi mais ne sait pas du tout ce qui lui arrive ni n’a conscience qu’il se produit un phénomène tout à fait unique pour elle. Je la plains sincèrement mais ne puis rien pour elle. Chacun doit naître ou renaître pour soi dans un monde qui n’est jamais exactement identique à celui des autres.

La chose vient de bouger… Non, pas exactement… Il n’y a aucun élément moteur dans son mouvement. Pourtant il y a comme une recherche inconsciente de sa part. la chose se débat si faiblement qu’il faut imaginer sa quête. Elle se débat contre elle-même et cherche à briser sa propre protection. Tout est si ténue en elle. Tout est si infime, si dérisoire mais elle a le droit de tenter d’exister. Je sens une volonté qui ne lui est pas propre la pousser vers le haut, la guider, galvaniser ses forces ridiculement faibles et je me surprends à vouloir l’aider.

Mais tout nous sépare. Nous subissons les mêmes choses mais ne pouvons rien l’un pour l’autre. Je ne peux qu’encourager mentalement la chose et ce, par pur égoïsme intellectuel…

Je suis capable de réagir égoïstement. J’ai donc retrouvé mon état d’homme que j’espérais bien ne plus devoir subir. L’homme sera éternellement lui-même et ne pourra jamais se fuir malgré son désir permanent de ne jamais être lui-même.

La chose acquiert de la vigueur. Elle vient de briser la gangue qui protégeait si bien sa faiblesse et elle jaillit plus vigoureusement que je ne l’attendais. Une force l’attire irrésistiblement vers le haut et toutes ses ressources sont concentrées vers un but qui lui échappe totalement.

Je sais ce que la chose trouvera. Elle trouvera la lumière et la chaleur. Tout se réchauffe autour de nous et les caresses que je reçois sont de plus en plus précises et tendres. Ce moment est toujours le meilleur. J’ai toujours pu en profiter pleinement car je n’ai jamais rien eu d’autre à faire pendant ce temps d’attente où je réapprends à vivre après avoir cru tout oublier. Et chaque fois, c’est la même chose : j’ai d’abord cette sensation de pureté et je crois être un ange plutôt qu’un homme. Et puis le poids ancestral de fautes et d’erreurs humaines retombe sur mes épaules et me revoilà bassement homme avec toutes les déceptions que cette connaissance peut comporter.

De savoir cette petite chose se battre en dessous e moi me réconforte. Elle n’a pas de poids sur les épaules sinon le poids de son ignorance de tout. C’est une chance qu’elle est bien incapable d’apprécier à sa juste valeur…

 

Mon sang se fluidifie et je ressens sa nouvelle vigueur se propager dans mon corps endormi.

La sève ardente galvanise la chose et l’étire toujours plus haut, toujours plus près de moi.

 

Je sens maintenant sa présence toute proche et j’attends. Je n’ai encore jamais vécu cette expérience. Il y a quelque chose de plus par rapport aux autres fois. Cette chose, cette présence fait partie de ma renaissance et devient indispensable à la création de mon nouvel être cent fois remodelé. Elle né complètement vierge et pure et me fait participer au miracle de sa création. Peut-être serai-je empreint de cette force que je discerne pour la première fois et qui peut donner une dimension inconnue à mon être.

La chaleur ambiante s’accentue.

Des odeurs me sont maintenant perceptibles. De nouveaux parfums naissent de nulle part et saturent mes sens trop neufs.

Les caresses qui glissent sur mon corps se font aussi tendres que celles d’une amante attentionnée à la sensualité suave et exotique. Mon corps se fait réceptif au moindre caprice de la douceur ambiante.

Des accords secrets s’élèvent semblent-il du plus profond de moi-même et se mêlent à la symphonie qui m’envoûte et me grise de ses tourbillons d’harmonies.

Le goût des couleurs et des formes que je ne peux pas encore voir stimule mon appétit de vivre.

La chose va bientôt m’atteindre. Je perçois parfaitement la puissance et la force toute neuve qui se dégage maintenant de tous ses pores en flux continus et dévorants. Je pressens qu’une parie de cette force m’est destinée. Je comprends que je suis l’élu et que ma vie ne va plus être un perpétuel recommencement. Je comprends que ma renaissance n’est plus aujourd’hui le fruit d’un cycle éternellement renouvelé.

La chose m’a atteint.

Ce n’est pas une chose. C’est un être comme moi. Différent en tout. Mais je suis moi-même différent de tout ce que j’ai été et je ne sais plus qui je suis et qui je vais être.

Mon corps et mon esprit sont remplis d’une énergie immobile… J’ai tort de dissocier les deux car je ne ressens aucune différence entre mon corps et mon esprit. Ils forment un tout au contraire, mais je suppose que j’ai pensé ainsi par habitude. Je découvre que je ne supporte plus cette enveloppe charnelle qui m’a été si pénible les autres fois quand mon corps reprenait un fonctionnement de corps avec ses lourdeurs, ses imperfections, ses contraintes et ses limites.

Peut-être suis-je mort pour de bon et suis-je un ange, un être désincarné, un esprit pur, une essence… Mais ce ne peut être car je sens mon corps autant qu’avant. Simplement, il a une autre dimension, une autre odeur, un autre toucher, un autre goût, une autre vue, une autre ouïe… une autre signification…

Alors je revis mais avec une autre compréhension et une autre unité. Une grâce m’a enfin été donnée et je ne suis plus prisonnier d’un jugement et d’une sentence irrévocables…

L’être commence à m’envelopper de sa présence. Il m’emprisonne dans les méandres des ramifications qu’il a produites pour moi. Il cherche à s’abreuver de ma propre conscience qui lui est inconnue. Il éprouve un irrépressible besoin de me la ravir. Il cherche à ne plus former qu’un avec moi et je suis prêt à lui accorder tout ce dont il pourra avoir besoin y compris ma propre unité.

Son contact provoque en moi une jouissance sans précédent. Je n’ai encore jamais éprouvé une telle sensation, un tel transport de tout mon être. Je n’ai jamais été uni à un autre être avec autant de perfection. Je m’abandonne complètement à cette merveilleuse fusion.

Je commence à sentir la sève de l’être se mélanger avec mon sang. Mais je sens aussi mon sang bouillonner avec sa sève. Je commence à ne plus être ni homme ni esprit. Mais je ne regrette rien. Tout est devenu trop merveilleux pour laisser place aux moindres remords, à la moindre inquiétude. L’abandon de mon état d’homme me procure au contraire une jouissance spirituelle éblouissante.

Je n’ai plus de sang. Je ne suis plus un homme et ne le serrai jamais plus. Je serai toujours autre chose de bien plus beau. Je ne serai plus jamais souillé par des semblables qui me trouvaient différents. Je serai différent et je n’aurai plus jamais de semblables.

L’idée même que j’ai pu être homme un jour s’estompe et pourtant je n’ai jamais été que cela.

L’être n’agit pas par amour, par haine ou par intérêt. Il agit uniquement par pulsions successives dans le seul but de vivre et de mourir après avoir donné la vie en un cycle inépuisable et simple.

Il ne naît qu’une fois et ne meurt qu’une fois. C’est merveilleux car il ne vit que pour créer et ne meurt qu’une fois qu’il a créé. Aucun homme ne serait capable de cela  car cette simplicité même l’effrayerait. L’homme est trop occupé à se fabriquer des raisons fictives de vivre pour mieux se cacher la seule et unique raison qui explique toute vie. Son aveuglement le pousse à toujours revivre et à toujours recommencer les mêmes erreurs et à transmettre ces erreurs de père en fils et de mère en fille. Quelle dérision !

Mais laissons-là les hommes car je n’en suis pas un et ne suis même plus sûr d’en avoir jamais été un.

Je suis un être unique, aspirant la vie par tous ses pores. Je suis celui qui n’a encore jamais été. Je sais maintenant que l’être me donne sa puissance en échange de ma conscience pour former un tout qui n’a jamais existé auparavant, qui ne ressemble à rien de ce qui a pu exister auparavant.

Je ne vois rien, je ne sens rien, je n’entends rien, je ne perçois rien… D’où me viennent donc ces étranges idées ? Je n’ai plus besoin de tout cela. Ce sont de maigres palliatifs comparés à ce que je suis devenu.

Je n’ai plus besoin de sentir une odeur car je suis parfum moi-même, fragrance si merveilleuse que nul autre que moi ne peut en mesurer toute la signification. Je n’ai pas besoin d’entendre le moindre son car je suis la plus pure des notes dans la plus céleste des symphonies jouée par l’instrument le plus divin. Je n’ai pas besoin de voir quoi que ce soit car je sais et j’ai Foi en moi. Je n’ai pas besoin de percevoir ce qui m’entoure car je suis universel.

Par Marc Drissi - Publié dans : Les nouvelles
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  • : Les réfugiés du temps
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  • : Ce blog est destiné à mettre en ligne un livre non publié pour le moment. Je l’ai écrit il y a déjà bien longtemps. Il a été revu et corrigé à la suite des corrections apportées par un éditeur que je ne nommerai pas. Celui-ci était prêt à publier le livre mais à la condition que je perde tous mes droits. J’ai donc refusé et n’ai plus tenté depuis de l’adresser à un quelconque éditeur…. Chapitre après chapitre, vous partirez à l’aventure avec mes ’Réfugiés du temps’.
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